4126, rue St-Denis, Montréal, Québec  H2W 2M5 • Tél. : (514) 598-5533 • Téléc. : (514) 598-5283 • coalition@cqct.qc.ca

Communiqué de presse

Pour diffusion immédiate

Montréal, le 8 avril 2008 

Interdiction de la vente à l’unité des cigarillos

Les manœuvres de l’industrie du cigare requièrent une intervention plus musclée

Montréal, le 8 avril 2008 — L’industrie du cigare est déjà en train de déjouer les règlements déposés par le ministre de la Santé pour interdire la vente à l’unité des cigarillos, disent les principaux organismes de lutte contre le tabac du Québec. Ils demandent donc au ministre d’amender son projet de règlement afin de prendre les mesures qui s’imposent pour contrôler ce problème.

Lors d’une conférence de presse ce matin, les représentants des groupes de santé ont montré aux journalistes un éventail de « mini-paquets » de deux à huit cigarillos qui sont récemment apparus sur le marché québécois. Mais selon le projet de règlement déposé par le ministre le 5 mars dernier et qui fait présentement l’objet d’une consultation publique, ces paquets seraient exemptés de la règle des « 10 unités minimum » parce que leur prix dépasse 5 $.

Louis Gauvin, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, explique que les cigarillos sont à toutes fins pratiques des cigarettes. En effet, la Coalition a obtenu par la Loi sur l’accès à l’information des lettres montrant que les fournisseurs de cigares eux-mêmes constatent que les nouveaux cigarillos ont « toutes les caractéristiques d’une cigarette, sauf [que] sa couleur est foncée »; « Ces produits ne sont pas des cigares traditionnels. Leur technologie en est une de cigarettes. »

« Mais parce qu’ils répondent techniquement aux critères des ‘cigares’, c'est-à-dire que leur enveloppe est composée en partie de tabac, ils échappent aux normes régissant les cigarettes, notamment l’obligation d’être vendues en emballages d’au moins 20 unités », ajoute monsieur Gauvin.  

« Du point de vue de la santé publique, tout ce qui ressemble aux cigarettes devrait être traité comme des cigarettes. Pour nous, une interdiction de la vente à l’unité des cigarillos n’équivaut pas à les vendre à 2 ou 3 par emballage. Nous ne voyons aucune raison pour ne pas limiter la vente à au moins 10 unités par emballage, préférablement 20, et, ce, peu importe le prix. Si le ministre veut vraiment que son règlement ait un impact déterminant sur la problématique des cigarillos, et c’est ce que nous croyons sincèrement, il doit reconnaître qu’il est non seulement possible, mais nécessaire d’aller plus loin et renforcer son règlement, qui apparaît pour l’instant comme une demi-mesure. »

Selon François Damphousse, directeur du bureau de l’Association pour les droits des non-fumeurs : « L’histoire de le lutte contre le tabac a démontré que l’industrie a toujours une longueur d’avance sur les  gouvernements. Face à la menace de nouvelles lois ou mesures réglementaires, les compagnies trouvent toujours le moyen de contourner les objectifs de santé publique. Au début de l’apparition des cigarillos aromatisés, leur mise en marché se faisait surtout par emballages unitaires — ce qui pourrait expliquer la spécificité du règlement proposé. Mais depuis que le gouvernement a publiquement laissé entendre qu’il songeait à interdire la vente à l’unité des cigarillos, l’industrie a introduit des mini-paquets qui demeurent aussi attirants pour les jeunes. Ainsi, nous apprécions la volonté du ministre de s’attaquer au phénomène des cigarillos chez les jeunes, mais nous croyons qu’il doit ajuster le tir pour mieux tenir compte de l’ingéniosité sournoise de l’industrie du tabac. »

Flory Doucas, directrice du bureau du Québec de Médecins pour un Canada sans fumée, explique l’importance de contrôler le nombre de cigarillos par emballage, en plus du prix : « La plupart des jeunes qui commencent à fumer n’ont pas l’intention d’être encore fumeurs 5 ans plus tard, mais en réalité, la majorité seront encore pris avec leur dépendance 7 à 9 années plus tard. Seulement quelques cigarettes suffisent pour provoquer des symptômes de dépendance. Ainsi, pour de nombreux jeunes, le simple fait d’expérimenter des produits du tabac constitue un piège mortel.

 

 

 

     ì

« Chose certaine, l’auto-perception des jeunes de leur propre statut de fumeur ou de non-fumeur joue un rôle important dans ce processus d’expérimentation. Le fait de se voir comme ‘fumeur occasionnel’ est beaucoup plus rassurant que de devoir s’avouer fumeur. Les cigarillos, comme les cigares traditionnels, se distinguent des cigarettes par leur image de produits à usage ‘occasionnel’, ce qui favorise davantage l’expérimentation. La vente à l’unité, de même que la vente en ‘mini-paquets’, renforce cette image et aggrave le problème.

Les compagnies de cigares reconnaissent elles-mêmes le pouvoir de séduction qu’ont de petites quantités par emballage. Une publicité parue dans une revue de détail (YCM Mars/Avril 2007) le dit noir sur blanc : « Offert en paquets de 8 et à l’unité, pour générer encore plus d’essais et d’achats impulsifs. »

Mario Bujold, directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé renchérit : « Ces petits cigares aromatisés aux saveurs de bonbons et de fruits vendus à l’unité constituent une menace immense et réelle pour la santé des jeunes. Les cigarillos ont, à eux seuls, fait augmenter le tabagisme chez les jeunes au Québec en très peu de temps, renversant la tendance à la baisse des 10 dernières années (passant de 15 % en 2002, à 18 % en 2004, puis à 22 % en 2006). En autres mots, les cigarillos ont réussi à réduire l’impact auprès des jeunes de l’ensemble des mesures de contrôle du tabac des 10 dernières années : les interdictions de fumer dans les lieux publics et sur les terrains d’écoles, l’interdiction de la commandite, l’interdiction des partys-tabac et des cigarettes-girls, sans parler de toutes les campagnes d’information et les programmes de sensibilisation réalisés dans les écoles et auprès du grand public. »

Enfin, le Dr Fernand Turcotte, Professeur émérite de santé publique de la Faculté de médecine de l’Université Laval à Québec, ne manque pas de souligner la dangerosité des cigarillos : « Malgré les fausses perceptions, les cigarillos sont aussi dangereux que les cigarettes. La fumée des cigarillos dégage autant sinon plus de nicotine et significativement plus de goudron que la fumée de cigarette. La dépendance à la nicotine se développe aussi facilement chez les consommateurs débutants de cigarillos que chez les consommateurs débutants de cigarettes. »

* Les photos ci-haut, entres autres, sont disponibles ici en haute résolution ; aucun droit d’auteur ne s’y rattache.

- 30 -

 

Information :

-          Louis Gauvin : 514-598-5533 ; cellulaire : 514-816-5493

-          Flory Doucas : 514-528-5811 poste 245 ; cellulaire : 514-515-6780

-          Mario Bujold : 514-948-5317; cellulaire : 514-830-8343

-          François Damphousse : 514-843-3250 ; cellulaire : 514-237-7626  

-          Fernand Turcotte : 514-389-1240