
Communiqué de presse
Pour diffusion immédiate
Montréal, jeudi le 28 juin 2007
Répercussions du jugement de la Cour suprême du Canada
Interdiction totale de la promotion du tabac :
maintenant envisageable
Montréal, jeudi le 28 juin 2007
— Le Québec ne doit pas attendre après le gouvernement fédéral
pour renforcer sa
Loi sur le tabac compte tenu du jugement clair et unanime de la
Cour suprême confirmant la constitutionnalité de la loi fédérale ainsi
que l’urgence d’agir contre les pratiques de marketing des compagnies de
tabac[1].
« Selon nous, la porte est maintenant grande ouverte pour que les gouvernements
procèdent à une interdiction totale de la publicité »
dit Louis Gauvin, Coordonnateur de la Coalition québécoise pour le contrôle
du tabac.
« La Cour a reconnu que le contexte n’est plus le même qu’en 1995 et que la
preuve des impacts néfastes de la promotion du tabac a grandement évolué ».
En effet, la Cour a consenti que « l’arrêt RJR s’inscrit
dans un contexte historique différent et [… que] la Loi sur le tabac doit
être appréciée en fonction des connaissances, des conditions sociales et du
cadre réglementaire qui ressortent de la preuve présentée en l’espèce »
[para. 11]. Elle a également soutenu que « les conclusions de fait du juge de
première instance méritent d’être examinées en détail » [para. 12]. Le
jugement du Juge André Denis de la Cour supérieure du Québec (2002)
soulignait qu’ « une lecture attentive de toutes les opinions émises en Cour
suprême lors du premier procès étudiées à la lumière de la preuve faite en
l’instance montre qu’un bannissement total de toute publicité se serait
beaucoup mieux défendu aujourd’hui qu’en 1989 » [para. 286, nos
soulignés].
« Ce jugement est d’une importance primordiale pour la santé publique, puisque
le tabagisme cause 96 maladies et demeure la première cause de mortalité
prématurée et évitable dans notre société. Insensibles à cette tragédie, les
compagnies de tabac utilisent tous les moyens imaginables pour faire la
promotion de leurs produits. C’est pourquoi elles ont dépensé des fortunes en
frais juridiques pour tenter d’obtenir des tribunaux qu’ils invalident les
restrictions encadrant la publicité de leurs produits. Bien que la loi fédérale
soit considérée inadéquate par les groupes de santé, elle constitue néanmoins un
pas important sur le chemin menant à une législation plus efficace. Mais, tant
que la loi était enferrée dans les procédures juridiques, il était difficile
d’en assurer la mise en application rigoureuse et de procéder à son renforcement
de manière substantielle.
La publicité s’en vient
« Les Canadiens seront estomaqués de l’ampleur et de la vigueur du raz-de-marée
de publicités en faveur du tabac qui va bientôt s’abattre sur les enfants du
pays »,
explique monsieur Gauvin. Car la loi fédérale permet la publicité
de tabac, mais avec certaines restrictions. « Si on ne voyait que très peu de
publicités pro-tabac au cours des dernières années, c’est parce que les trois
grands cigarettiers prétendaient devant les tribunaux que la loi est tellement
vague que cela les empêchait de faire de la publicité, et ils alignaient
soigneusement leurs gestes à leurs prétentions. En somme, même si le
gouvernement a gagné son procès, la publicité en faveur du tabac va
continuer. Et nous savons que, lorsqu’on donne un petite fenêtre à l’industrie,
elle a vite fait de la transformer en porte de grange.»
Interdiction totale au Québec
« Avec sa
Loi sur le tabac, le gouvernement du Québec est allé le plus loin possible
compte tenu des contraintes juridiques imposées par la Cour suprême en 1995,
même plus loin que la loi fédérale. Maintenant que ces contraintes juridiques
ont été jugées par la Cour comme étant désuètes, le Québec peut enfin envisager
de se débarrasser une fois pour toutes de la promotion d’un produit inutile qui
tue 13 000 Québécois chaque année ».
Bien que la Coalition demande au gouvernement fédéral d’entamer le
plus rapidement possible une réforme législative compte tenu du jugement de la
Cour, « il n’y a pas de raison qui empêche le Québec d’agir plus rapidement »,
affirme monsieur Gauvin. « Lorsqu’ils font face à une épidémie, les
gouvernements ont l’obligation d’agir rapidement et d’utiliser toutes les
mesures à leur disposition pour sauver des vies. Parce que 35 000 jeunes
Québécois commencent toujours à fumer, chaque année, il est urgent que le
gouvernement du Québec passe à l’action pour se doter de toutes les mesures
que le jugement lui rend disponibles. »
En effet, le Québec a déjà pris position en faveur d’une interdiction
totale de la publicité en endossant la Convention-cadre de l’OMS pour la
lutte antitabac, qui engage les signataires à adopter « une interdiction
globale de toute publicité en faveur du tabac [2]»
(sauf si cela est constitutionnellement impossible). Non seulement cela, mais
les signataires ont tous formellement reconnu qu’une interdiction totale de
toute publicité des produits de tabac réduit la consommation de tabac. Comptant
parmi les leaders du monde dans le domaine de la lutte antitabac, le Canada
perd de sa crédibilité quand il s’agit de combattre la promotion du tabac. Le
monde a changé depuis le jugement de la Cour suprême de 1995.
L’interdiction de la publicité de tabac est devenue la norme internationale,
adoptée par de nombreux pays, dont la France, l’Angleterre, l’Australie,
la Nouvelle-Zélande, l’Irlande, la Belgique, la
Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Islande,
le Portugal, l’Italie, la Pologne, Singapour, la
Thaïlande, l’Afrique du Sud et l’Inde. Et le
nombre des pays interdisant totalement toute promotion des produits de tabac ne
fera qu’augmenter au fur et à mesure que les 148 pays parties à la
Convention-cadre traduiront dans leur législation, au cours des cinq
prochaines années, les obligations qu’ils ont contractées en ratifiant la
Convention.
n Jugement au http://scc.lexum.umontreal.ca/fr/2007/2007csc30/2007csc30.html
[1] Jugement de la Cour suprême du Canada sur la Loi sur le tabac (fédérale) http://scc.lexum.umontreal.ca/fr/vn/0/volume0.html
[2] Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, article 13, paragraphe 2 et 3 b); http://www.who.int/tobacco/framework/WHO_FCTC_french.pdf
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Source :
Louis Gauvin
Coalition québécoise pour le contrôle du tabac
(514) 598-5533
/ cellulaire: 514-816-5493