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Communiqué de presse

Pour diffusion immédiate

Montréal, 19 avril 2005

Le gouvernement cédera-t-il aux pressions de l'industrie et de ses partenaires?

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac réclame la disparition des murs de cigarettes chez les détaillants

Montréal, le 19 avril 2005 – Dans le cadre de la révision de la Loi sur le tabac, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac réclame l’interdiction de la promotion, de la publicité et de l’exposition des produits du tabac chez les détaillants, tels les dépanneurs et épiceries, mais craint que le gouvernement ne cède aux pressions de l’industrie du tabac et de ses partenaires sur cet enjeu essentiel de santé publique et de lutte contre le tabagisme.

Selon Louis Gauvin, coordonnateur de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, « l’industrie du tabac et les regroupements de commerçants exercent une vigoureuse opposition à toute restriction de la promotion des paquets de cigarettes dans les lieux de vente. Maintenant comme dans le passé, ils présentent des scénarios dévastateurs de fermeture de dépanneurs—alors que pour compenser la perte de revenus venant de la promotion aux points de vente, ils n’ont qu’à augmenter le prix d’un paquet de cigarette de 6 ¢, soit de 0,75 % du prix actuel!

Mais le lobby en faveur du tabac ignore cette solution. En effet, les mémoires que l’industrie et ses partenaires ont envoyés au ministre portent essentiellement sur la question de la vente, de la publicité et de la promotion en lieux de vente et opposent tout contrôle sur ces aspects.

Bien entendu, ce sont des enjeux fondamentaux qui touchent directement les ventes, les revenus et les profits des compagnies de tabac. En fait, les compagnies de cigarettes tiennent à leurs publicités sur les lieux de vente pour exactement les mêmes raisons pour lesquelles nous réclamons leur disparition : c’est un outil de marketing qui marche, un outil qui fait vendre des cigarettes !

Selon Neil Collishaw, Directeur de la recherche pour les Médecins pour un Canada sans fumée, « le gouvernement a une belle occasion aujourd’hui de faire preuve de leadership et de vision en emboîtant le pas au gouvernement de la Saskatchewan qui vient d’adopter une loi interdisant  la publicité, la promotion et l’exposition du tabac dans les lieux accessibles aux moins de 18 ans. Une loi avant-gardiste que la Cour suprême du Canada a validée le mois dernier, au détriment des compagnies de tabac. »

C’est bien connu dans le milieu du marketing, le rôle de la publicité en lieux de vente est primordial dans la vente elle-même: elle attire le regard du consommateur, renforce l’impact du produit et finalement pousse le produit vers le consommateur. Les étalages fidélisent la clientèle mais servent aussi à recruter de nouveaux clients, car plus un produit est vu plus il a de chance d’être acheté. La publicité en lieux de vente est d’autant plus importante aujourd’hui que les études démontrent que la majorité des décisions d’achat se prennent sur les lieux de vente. Selon les experts, les étalages provoquent des achats impulsifs, c’est-à-dire des achats qui n’étaient pas prévus avant l’entrée chez le commerçant.

Selon Flory Doucas, analyste pour l’Association pour les droits des non-fumeurs : « l’effet le plus pervers de la publicité en points de vente (PPV),  c’est la banalisation du tabac, ce qui entraîne une sous-estimation du risque posé par les cigarettes. La PPV envoie le message que le tabac est socialement acceptable. Elle minimise l’ampleur et la sévérité des risques de l’épidémie du tabagisme. La présence du tabac dans notre environnement quotidien contredit le message de dangerosité du produit et les avertissements des autorités. Dans nos dépanneurs, les cigarettes sont étalées parmi les bonbons et friandises de toutes sortes. Bien sûr, les lieux de vente permettent de desservir les fumeurs, comme se plaisent à le répéter les compagnies de tabac. Mais qui encore fréquentent les dépanneurs sinon les enfants, les adolescents, les ex-fumeurs et les non-fumeurs ?

« Peut-on sincèrement argumenter qu’une telle omniprésence de la publicité de cigarettes dans notre environnement quotidien n’encourage pas des achats par les fumeurs occasionnels ? Qu’elle ne véhicule pas l’idée  aux adolescents et à la population que le tabagisme et les produits du tabac sont beaucoup plus répandue dans la société qu’ils ne le sont vraiment ? Qu’elle ne crée pas une incitation puissante face à une envie irrépressible pour la nicotine pour des fumeurs en voie de sevrage, soit des occasions multiples pour faire une rechute ».

Dans leurs mémoires, les compagnies de tabac et leurs partenaires (Couche-Tard, l’Association des détaillants en alimentation du Québec, l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec, le Conseil canadien des distributeurs en alimentation, etc.) font valoir que c’est la survie même des détaillants qui est menacée si le gouvernement interdit la promotion et la publicité de cigarettes dans les dépanneurs.

Selon la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, cet argument n’est pas valable puisque l’essentiel des distributeurs de cigarettes (le réseau Couche-Tard, les pétrolières et les épiciers tels que Métro-Richelieu, Loblaws-Provigo et Sobey’s-IGA) sont des entreprises multimillionnaires voire milliardaires. Le réseau Couche-tard, par exemple, détient une très large part, certains disent 80%, du réseau des dépanneurs québécois. Les bénéfices nets de Couche-Tard se chiffrent, selon leur rapport annuel de 2004, à 79,5 millions de dollars. De plus, Couche-Tard est en pleine expansion au Québec, au Canada et aux États-Unis.

Outre les dépanneurs, les autres distributeurs de cigarettes, sont les pétrolières qui font des profits, comme on le sait, exorbitants : Voici les bénéfices nets pour 2004 des pétrolières impliquées dans la distribution et la promotion de cigarettes : Esso : 2,05 milliards de dollars, Shell : 1,28 milliard, Petro-Canada : 1,6 milliard, Ultramar : 755,5 millions de dollars. Les revenus des épiciers, aussi distributeurs de cigarettes, ne sont pas menacés non plus par l’interdiction des murs de cigarettes, car eux aussi font des profits mirobolants. En 2004, Métro-Richelieu, incluant sa chaîne de dépanneurs 7 jours : rapporte un 1,68 milliard de profits, Sobey’s-IGA : 1,67 milliard, Loblaws-Provigo : 968 millions de dollars de profits.

« Nous exhortons le gouvernement Charest», conclut Louis Gauvin, «  à ne pas céder devant le lobby de gens d’affaire et les arguments de nature purement commerciale. L’enjeu n’est pas mercantile. C’est une question de protection de la santé publique ».

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Source :

                    Louis Gauvin

                                  Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (514) 598-5533

                                  Flory Doucas

                                  Association pour les droits des non-fumeurs (514) 843-3250